La pointe du détroit d'Ormuz sur une page du site Marinetraffic, qui permet de suivre en direct le trafic maritime, le 4 mars 2026 à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers, pour la plupart iraniens, ont réussi à franchir le détroit d'Ormuz depuis que les forces iraniennes ont bloqué cette voie commerciale cruciale.
Voici des données et des statistiques sur les navires ayant emprunté ce détroit de 167 kilomètres de long depuis le début de la guerre, déclenchée par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février.
- Chute de 95% du trafic maritime
Du 1er au 21 mars, les transporteurs de marchandises n'ont effectué que 144 passages, selon la société d'analyse Kpler, soit une baisse de 95% par rapport aux temps de paix.
Parmi ces passages, 91 sont le fait de pétroliers, dont plus de la moitié étaient chargés, d'après les données de Kpler. La plupart de ces navires ont navigué vers l'est, pour sortir du Golfe.
"Le trafic dans le détroit d'Ormuz continue d’être fortement perturbé", a indiqué lundi la revue spécialisée dans l'information maritime Lloyd's List dans sa dernière mise à jour.
Selon son rédacteur en chef Richard Meade, les vraquiers, pétroliers et porte-conteneurs représentaient l'essentiel du trafic.
Lundi, trois navires supplémentaires – deux méthaniers battant pavillon indien transportant du gaz de pétrole liquéfié (GPL) et un pétrolier à destination de la Chine – ont été les derniers en date à emprunter le détroit, selon MarineTraffic, le service de suivi de Kpler.
Le Jag Vasant et le Pine Gas, tous deux battant pavillon indien, transportaient chacun environ 45.000 tonnes de GPL lorsqu’ils ont quitté le passage, après avoir été chargés aux Émirats arabes unis et au Koweït, à la fin février, d’après Bloomberg et MarineTraffic.
Le Bright Gold, battant pavillon panaméen, a pour sa part quitté le détroit avec environ 40.000 tonnes de méthane à son bord et devait arriver en Chine le 13 avril.
Un porte-conteneurs appartenant à des Chinois – le Newvoyager – a également transité par le détroit après avoir effectué un paiement aux autorités iraniennes, a rapporté Lloyd's List. Le montant exact et la méthode de paiement n'ont pas pu être confirmés, a-t-il indiqué.
- Nouvelle route?
Les navires ayant effectué des traversées lundi semblent avoir emprunté un itinéraire présenté comme ayant été approuvé par Téhéran, contournant l'île de Larak, au large des côtes iraniennes.
Lloyd's List a indiqué lundi qu'il avait suivi plus de 20 navires utilisant cette route, la majorité appartiennent à des armateurs grecs et d'autres à des propriétaires indiens, pakistanais et syriens.
Selon la revue spécialisée, les autorités iraniennes gèrent apparemment les demandes de passage au cas par cas. Certains gouvernements, dont l'Inde, seraient en train de négocier avec Téhéran des accords de passage en grand nombre.
Au moins un navire a versé un paiement estimé à 2 millions de dollars pour emprunter le détroit en sécurité, a rapporté Lloyd's List la semaine dernière. Deux des navires qui le franchissaient lundi — le Bright Gold et le pétrolier indien Pine Gas — ont laissé leurs transpondeurs AIS allumés, une situation rare pour un navire non iranien dans le climat actuel.
Un transpondeur est un émetteur-récepteur transmettant automatiquement les informations essentielles aux autres navires et aux autorités côtières, et à recevoir les leurs.
- Navires iraniens, grecs et chinois
La plupart des navires traversant le détroit sont des navires iraniens ou battant pavillon iranien, a déclaré Bridget Diakun, analyste chez Lloyd's List Intelligence. Mais il y a aussi des navires grecs et chinois.
"Bien que l'Iran continue de contrôler le détroit et d'exporter son pétrole, le trafic reste globalement au point mort", a indiqué Richard Meade.
- 51 navires sous sanctions
Depuis le début du conflit, plus de 40% des navires transitant par le détroit étaient soumis à des sanctions américaines, européennes ou britanniques, selon une analyse des données de passage réalisée par l'AFP. Plus de la moitié (59%) des pétroliers et méthaniers étaient sous sanctions.
Depuis le 16 mars, "tout navire se dirigeant vers l'ouest appartient à la flotte parallèle, qu'il s'agisse de méthaniers ou de pétroliers... ils dominent largement le trafic", a expliqué Bridget Diakun lors du point presse de Lloyds.
- Pétrole à destination de la Chine
Les analystes des matières premières indiquent que la majeure partie du pétrole transitant par le détroit est destinée à l'Asie, principalement à la Chine.
Cichen Shen, rédacteur en chef Asie-Pacifique chez Lloyd's List, a indiqué avoir trouvé des indices en ligne selon lesquels les autorités chinoises travaillaient sur un plan de sortie pour leurs grands pétroliers bloqués dans la région.
Parallèlement, des cargaisons de GNL à destination de l'Europe ont été détournées vers l'Asie, selon MarineTraffic.
Le site a indiqué qu'une dizaine méthaniers initialement destinés à l'Europe avaient été réorientés vers l'Asie depuis le 3 mars, d'après son analyse des données de marché, dans un contexte d'offre restreinte et de hausse des prix au comptant.
- 1,3 million de barils de pétrole iranien
Les analystes de JPMorgan précisent que 98% du trafic pétrolier observable dans le détroit était d'origine iranienne, avec une moyenne de 1,3 million de barils par jour début mars. Un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transite par le détroit en temps de paix.

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